Quand la Maison Blanche Appelle Ses Fausses Déclarations Des “Faits Alternatifs”

Samedi 21 janvier dernier, le tout premier jour de sa candidature, Donald Trump donnait un discours au siège de la CIA promettant qu’il n’avait jamais rien dit de mal sur le service de renseignement, et que son inauguration avait rassemblé le plus grand nombre de personnes dans l’histoire des Etats-Unis – deux mensonges faciles à vérifier, vu les photos aériennes comparant la foule entre 2009 et 2017, et les archives du tristement célèbre compte Twitter du nouveau Président.

“Les services de renseignement n’auraient jamais dû divulguer cette fausse histoire au public. On essaye encore de m’atteindre. Vit-on en Allemagne nazie?” 

Quelques heures plus tard, le nouveau porte-parole de la maison Blanche Sean Spicer se présentait pour la première fois devant la presse, en assurant lui aussi que Donald Trump avait fait venir les foules de toute l’Amérique dans une proportion sans précédent – les photos publiées par la presse étant selon lui cadrées de façon à minimiser le nombre de supporters du Président:

Alors on sait bien que Trump a une relation compliquée avec la réalité et les faits – rien de nouveau ici. Mais pourquoi mentir sur un fait aussi trivial et facilement vérifiable, et mettre en danger la crédibilité de toute la Maison Blanche, déjà fragile? Aurait-on sous-estimé la valeur que le nouveau Président accorde aux principes basiques de la démocratie (aka, ne pas mentir à la population qu’il est censé representer)? Les photographies, prises à la même heure à huit ans d’écart, montrent bien que Trump a rassemblé environ un tiers des gens qu’avait rassemblé Obama. Une autre façon de vérifier la taille de la foule est de recenser le nombre de tickets de métro vendus par le service de transports de Washington: 570,000 le 20 janvier 2017, et 1,1 million le 1er janvier 2009, d’après un journaliste en charge des transports dans la capitale.

Cette conférence de presse du 21 janvier, dès le tout premier jour de la présidence de Trump, nous fait donc rentrer dans une nouvelle ère, celle où tout ce qui nous est raconté par la Maison Blanche doit être vérifié en croisant les sources. On parle bien des Etats-Unis. En 2017. Dans le contexte actuel, cette constante vérification est le devoir de chaque citoyen, et de chaque organe de presse. Une des stratégies de Trump est de répéter, encore et encore, que les médias sont malhonnêtes, et qui lui seul a la parole divine (via Twitter). A nous de montrer le contraire au quotidien, en espérant que cela finisse par ramener à la raison certaines âmes égarées (la tâche s’annonce difficile – les fans de Trump croient dur comme fer qu’il est le Sauveur du pays).

Il n’a pas fallu longtemps pour que les mensonges de Sean Spicer soient dénoncés par la presse. Mais quand la directrice de campagne de Trump est interviewée sur le sujet, elle explique – non sans peine – que le porte-parole de la Maison Blanche n’a pas “menti”, mais a simplement donné des “faits alternatifs”. Plus c’est gros, plus ca passe dans le monde de Trump.

Journaliste: “Pourquoi Sean Spicer a-t-il menti sur la taille de la foule lors de l’inauguration? Ce genre de propos discrédite totalement la Maison Blanche, dès le 1er jour.”

Kellyanne Conway: “Non, ça ne discrédite pas la Maison Blanche. Ne soyez pas si dramatique, Chuck. Vous appelez ça une fausse déclaration, Sean Spicer a juste donné des faits alternatifs sur le sujet.”

Journaliste (abasourdi): “Ecoutez, des faits alternatifs ne sont pas des faits. Ce sont des mensonges”.

Pourquoi tout ceci est-il si important? Parce qu’en renommant des fausses déclarations des “faits alternatifs”, on peut tout simplement refaire le monde, et le faire ressembler à ce quoi on aimerait qu’il ressemble – ou à ce qui valide notre programme politique. Le changement climatique? Probablement un autre fait alternatif selon la Maison Blanche. Le piratage des élections par les Russes? De même. La hausse d’incidents racistes depuis l’élection de Trump? Vous voyez où je veux en venir.

Malheureusement, on a comme l’impression que ce n’est que le début de ces “faits alternatifs”. Trump en a balancé un nouveau quelques jours plus tard, assurant qu’entre “3 et 5 millions d’immigrants illégaux” lui avaient coûté le vote populaire (Hillary Clinton comptabilise presque 3 millions de vote de plus que lui). A ce jour, aucune étude ou article sérieux n’étayent ses propos – et s’il y a bien quelque chose d’encore plus triste qu’un mauvais perdant, c’est bien un mauvais gagnant.

Enfin, comme si tout ceci n’était pas assez ridicule, on vient d’apprendre que le soi-disant expert nommé pour enquêter sur cette supposée fraude est inscrit sur 3 listes électorales, tout comme la fille, le beau-fils, et le principal conseiller de Donald Trump.

2017 va être une longue, longue année.

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